Avignon, faux départ

Le 63e Festival d’Avignon s’est ouvert mardi 7 juillet, dans le cadre sublime de la carrière de Boulbon, par une nouvelle démonstration de l’adage selon lequel un bon metteur en scène de cinéma ne fait pas forcément un bon metteur en scène de théâtre. Auteur de quelques films remarquables et remarqués (Kaddosh, Kippour…), l’Israélien Amos Gitai a livré, avec La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, un pensum d’1h45 dans lequel il n’y a malheureusement rien à sauver : pas même le jeu des comédiens (parmi lesquels Jeanne Moreau et Mireille Perrier), pas même une musique qui, dans un tel contexte, prenait elle-même des aspects larmoyants et grandiloquants – là où Amos Gitai voulait, selon ses propres dires, donner à entendre un « oratorio ».

On ne s’appesantira pas longtemps sur un tel ratage, adapté d’un livre de l’auteur judéo-romain Flavius Josèphe, La Guerre des juifs, narrant la guerre mené par Rome contre les Juifs en Palestine dans les années 70 après Jésus-Christ : un texte qui semble tenir à cœur à Amos Gitai, puisque celui-ci en avait déjà proposé une adaptation (avec Samuel Fuller dans le rôle du narrateur et une musique de Stockhausen !), il y a quinze ans, à la Biennale de Venise. Un texte dont, en l’absence totale de point de vue et d’idées de mise en scène (avec quelques passages multilingues en guise de caution humaniste), faute sans doute également d’un travail suffisant et suffisamment serein (l’artiste est un d’un tempérament peu commode, pour user d’un euphémisme), on est bien en peine de percevoir l’intérêt autre que littéraire et historique. Bien au contraire, le côté statique, didactique et emphatique de l’ensemble confèrait par moments aux mots du chroniqueur des accents nationalistes extrêmement embarrassants. L’espace d’une soirée, le Festival d’Avignon a ressemblé au Puy du Fou…

David Sanson

La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, d’Amos Gitai jusqu’au 13 juillet dans la carrière de Boulbon.

Un commentaire »

  1. demeter a dit

    ce qui importe , après tout (pour ce qui semble être plutôt une ” lecture “) c’est de savoir pourquoi A Gitaï tient il tellement à présenter ce texte . vous parlez d’ “accents nationalistes ambarassants “. Y a t il eu rencontres/ débats avec lui ?

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