Performance.
Orgie de la tolérance, Troubleyn/Jan Fabre
Comme Fabre traîne avec lui une sulfureuse réputation – qu’il doit peut-être à son emploi scénique du trou du cul – chacun de ses spectacles présente pour la critique une belle occasion de polémiquer. Persuadé qu’Orgie de la tolérance avait à nouveau partagé les opinions, pour les opposer dans des postures spectaculaires et tranchées, me demandant ce que l’on pourrait reprocher à ce chef-d’œuvre généreux et hybride, je suis parti à la recherche de points de vue auxquels me confronter.
C’est alors qu’en deuxième page seulement d’une longue liste, Google me proposa une critique du site « fdesouche.com » (« fdesouche », c’est-à-dire « français de souche », site d’obédience ouvertement populisto-nationalo-frontiste), que je trouvais étonnamment bien référencé. Plus surprenant encore, l’article qui y était consacré au spectacle de Jan Fabre faisait l’éloge de celui-ci. Quelle ironie du sort ! Pour ce metteur en scène particulièrement révolté par la montée de l’extrémisme en Belgique se voir ainsi encensé par ses ennemis ! Quelle avanie ! La méprise est-elle due à la mauvaise foi du critique ? A une lecture erronée du spectacle ? A un rapprochement contre nature d’extrémismes opposés ? Dans son programme même, Jan Fabre se réfère au marxiste Marcuse et affirme vouloir combattre le racisme ! Alors ?… Alors, tout le monde s’est-il trompé ? Ou ce français de souche est-il le seul à avoir vu ce que tout le monde veut se cacher ? Jan Fabre ne serait-il pas un putain de sale facho droitier ? Quand même : à attaquer ainsi la tolérance, le plaisir individuel, la liberté sexuelle, la décadence d’une époque. Il a vu juste : Jan Fabre est un putain de sale facho droitier ! Sale putain de facho droitier !
Eric Demey